Des consignes de vote transformées en ordre de vote

« Jean-Luc Mélenchon a trahi les siens » s’emportait Emmanuel Macron, hier en meeting à Châtellerault dans la Vienne. Jour après jour, toute la caste politique ne cesse de faire gonfler la polémique. « Faute morale », « faute politique grave » : des éléments constamment remis sur le devant de la scène par nos chers et tendres affamés de pouvoir. Du PS aux Républicains, sous couvert (le bienvenu) de la présence du Front National au deuxième tour de cette élection présidentielle, de Valls à Estrosi, la notion de vote utile n’a jamais autant fait fureur. De quoi vous hérisser les poils, voire même vous faire sortir de vos gonds. L’imposition de la pensée unique, dans la lignée d’une manipulation sans faille où tout le monde se retrouve, de près ou de loin, complice. Mais un vote n’est-il pas personnel? L’être humain, le citoyen français, n’est-il pas libre de faire (encore) appel à sa propre conscience sans être orienté par qui que ce soit, d’un leader autoproclamé, catapulté par le Parti Socialiste sous une nouvelle étiquette. Pressenti comme le futur nouveau président de la République, Emmanuel Macron attire, aujourd’hui, toutes les convoitises. De Parisot à Valls.  Et oui, il faut bien se retrouver une petite place au soleil quand le peuple vous a expulsé sans remords d’un seul revers de la main. Un revers électoral.

République Française : la vraie-fausse démocratie

Au lendemain du premier tour, les choses se sont accélérées dans le paysage politique française Les urnes ont parlé, sans majorité. Une fois de plus, l’abstention arrive en tête des suffrages. Les chiffres sont tombés : 10 577 572 voix. Loin devant Macron et son équipe En Marche ! (8 657 000). Les chroniqueurs s’en donnent alors à cœur joie, notamment sur France Inter. Nicole Ferroni tacle violemment le journaliste Patrick Cohen, refusant de dérouler le tapis rouge au nouvel homme providentiel. Puis quelques heures plus tard, Pierre-Emmanuel Barré annonce sa démission pour un désaccord sur sa chronique portant sur l’abstention avec cette même radio du service public. Une première entrave à la liberté. Il y a bien longtemps que les médias ont perdu leur rôle de « 4e pouvoir ». Classés au 45e rang mondial en terme de liberté, ça ne s’invente pas. Vous avez dit démocratie? Mais où sont donc les « Je suis Charlie »?

Mélenchon étant écarté de la course à l’Elysée, l’heure est à la division. Peur des législatives oblige. Les politiques s’en donnent à cœur joie, n’hésitant pas une seconde à tenir pour responsable son électorat (19.58%) en cas de victoire du Front National au second tour, le 7 mai prochain, suite à son refus d’orienter ses appuis. Les consignes de vote sont sans appel : Macron ou… rien. Vous avez dit démocratie? Quand Estrosi appelle à exclure tous les Républicains qui ne donneront pas de consigne de vote, vous avez dit démocratie? Les appels se multiplient, d’une seule voix. Orienter, exiger, un vote pour telle ou telle personne est-il démocratique? D’après les enseignements de l’école républicaine, un vote est personnel. Un vote doit être donné par conviction. Voter est un devoir citoyen? Il est avant tout un droit. Si les Français n’ont plus le droit de choisir, est-ce vraiment démocratique? Respecter, consulter son électorat semble pour autant, à priori et paradoxalement, être vu comme quelque chose d’anti-démocratique, voire même de dangereux. Le monde à l’envers, non? Je retiens alors cette phrase, entendue d’un collègue journaliste au soir du premier tour : «  Tu penses que les Français ne sont que des moutons à suivre telle consigne ou telle influence médiatique? ». Et bien la réponse est sans appel : en donnant une consigne (un ordre?) de vote, oui, on nous prend bel et bien pour des moutons à appliquer sans rechigner le seul vote utile, synonyme du vrai-faux changement. Vouloir obliger les citoyens français à voter contre le Front National et non pour un programme néo-libéral, non, la démocratie n’est plus en marche. Et puis, franchement, ce n’est pas risible? Des leçons de morale sorties tout droit des bouches qui ont ouvertement conduit au grossissement de l’électorat du FN en nous matraquant à coup d’Islam pendant 5 ans, j’en ai les bras qui tombent.

Le retour en grâce de la propagande

« La propagande est un concept désignant l’ensemble de techniques de persuasion, mis en œuvre pour propager avec tous les moyens disponibles une idée, une opinion, une idéologie ou une doctrine et stimuler l’adoption de comportements prédéterminés au sein d’un public-cible. Ces techniques sont exercées sur une population afin de l’influencer, voire de l’endoctriner ». Ceci est la définition du terme propagande. Vous ne comprenez pas pourquoi la mise en avant de celle-ci? En voici un argumentaire chiffré. Entre janvier 2015 et janvier 2017, Emmanuel Macron comptabilise à lui seul 8000 articles dans quatre quotidiens : Le Monde, L’Express, Libération et L’Obs. A titre de comparaison, Benoit Hamon, Arnaud de Montebourg et Jean-Luc Mélenchon ne comptabilisent (à eux trois !) que 7400 articles dans ces mêmes quotidiens. Vous avez dit démocratie?

JLM-Macron-Montebourg-Hamon source LVSLMais la presse vous dira qu’elle ne roule pour personne. Crédit : LVSL

Passons désormais à la censure. Car oui, qui dit propagande dit censure. L’un ne va pas sans l’autre, elles sont complémentaires. De la censure, en France? Impossible, nous sommes en démocratie ! Inconcevable serait-on tenter de penser. Ah bon? Vraiment? Eléments de réponse.

  • L’émission La médiasphère de LCI censurée sur le web (3 avril 2017).

Invités à débattre sur la dynamique de Macron peu avant ce premier tour, trois spécialistes de la communication politique surprennent alors le présentateur de LCI, Christophe Moulin. « Trou noir », « produit marketing politique », « meeting vides », « comédien », « foutage de gueule » : Macron et Le Pen, dans une moindre mesure, sont les cibles des attaques. Le replay de l’émission sera alors immédiatement retiré des plateformes web. Impensable à l’heure d’Internet. Malgré toutes les peines du mondes qu’ont pu rencontrer certains blogueurs pour faire remonter la vidéo, celle-ci sera tout de même accessible après de longues batailles numériques. Mais alors, quelles explications livrera la chaîne? « Des plaintes ont été déposées par les deux partis. Nous avons donc pris la décision de retirer l’émission ». Donc si je comprend bien, une chaîne TV ajuste sa programmation au bon vouloir d’une ou deux personnalités politiques proches du pouvoir. Vous avez dit démocratie?

  • Mr Mondialisation : un article traitant des nombreuses interrogations sur les radiations des listes, les votes en double ainsi que les procurations, ciblé par des attaques (25 avril 2017)

Les témoignages se multiplient. Radiations incohérentes, électeurs qui ont pu voter deux fois, procurations jamais arrivées, disparition d’un président d’un bureau de vote marseillais toute une nuit durant : des éléments très troublants détaillés par un article de Mr. Mondialisation. Le problème? Les multiples attaques sur le site internet obligeant à changer de nom de domaine et utiliser un cache pour navigation privée. Vous avez dit démocratie? Vous ne l’avez pas lu? Voici le lien :

http://webcache.googleusercontent.com/search?q=cache%3Ahttps%3A%2F%2Fmrmondialisation.org%2Fradiations-irregularites-bugs-les-temoignages-saccumulent%2F

Je pourrais vous donner d’autres exemples, comme mon expérience dans un grand tirage quotidien régional situé dans le sud-est de la France. Voulant relayer les propos à demi-mot racistes d’une présidente d’un département (LR), qui injecte par ailleurs de grosses subventions dans ce canard, j’ai été malheureusement surpris de la disparition du paragraphe en ouvrant le journal le lendemain. Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres et ce serait bien évidemment vous rendre la lecture bien trop longue.

La répression de plus en plus violente

taranis parisMastodontes armés contre pancartes, l’illustration d’une France muselée. Crédit : Taranis

Pour boucler la boucle, passons à la dernière arme de l’exécutif : la répression. Depuis la loi Travail et cette mobilisation, la répression violente poursuit son escalade. Certains trouveront le prétexte des « casseurs », d’autres celui d’un « raz-le-bol ». Et bien ici, il est surtout question d’un pouvoir exécutif qui arrive à la limite de son autorité. Désavoué, mal-aimé, l’Etat n’a d’autres choix que la répression et le 49-3. Journaliste fiché S (Gaspard Glanz, Taranis News), bavures : la police se retrouve prise en étau entre un pouvoir qui ne veut rien savoir ni rien entendre et un peuple toujours plus oublié. Depuis lundi, la jeunesse tente de se mobiliser, voulant d’un monde meilleur. Celui où elle n’aura pas le choix entre la peste et le choléra. Mais, à l’image de ces dernières mobilisations, les rassemblements pacifistes font front à une horde de CRS, aux allures de « milice du capital » comme peuvent le scander ces milliers de jeunes qui se sont rassemblés. Jeune femme photographe matraquée par derrière à Bordeaux, photographe de presse interpellé à Hénin-Beaumont le week-end dernier, arme de service pointée sur un manifestant à Rennes :  la France dérive. Symbole d’une peur grandissante. Manifester est un droit, mais la réprimer sans état d’âme… Vous avez dit démocratie? Entre « dictature » économique capitaliste aux formes républicaines et dictature fasciste, ce choix est-il démocratique?

B. I.

Les sources :

Chronique de Nicole Ferroni :

Nombre d’articles Macron/Hamon/Montebourg/Mélenchon : 

http://lvsl.fr/medias-ont-fabrique-candidat-macron

Emission LCI « La médiasphère » : 

 

Photographe violentée à Bordeaux : 

 

Policier qui pointe son  arme à Rennes :

http://taranis.news/2017/04/policier-degaine-arme-face-manifestation-rennes/

Gaspard Glanz, journaliste fiché S :

 

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